Article 2 sur un total de 4 pour la série :

Quand la science rencontre la religion ♥♥♥


Dans la présentation du livre de Ian Barbour, Quand la science rencontre la religion, nous avons vu que les différentes manières de gérer les relations entre science et foi ou science et religion peuvent se résumer en 4 catégories :

  • CONFLIT
  • INDÉPENDANCE
  • DIALOGUE
  • INTEGRATION

La question de ces rapports est la première d’une série de 6 questions qu’aborde le livre, elle nous donnera l’occasion de définir chacune des catégories pour donner la compréhension nécessaire au tableau de synthèse qui suivra dans un prochain article et qui résumera très succinctement l’ensemble de l’ouvrage.

NOTE

Ceux qui veulent en savoir un peu plus que le résumé rapide peuvent déplier les sections « lire le détail » comme ci-dessous pour accéder à plus d’information sur chaque partie.

CONFLIT

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Très bien vous avez compris 😀 en plus ça se replie quand on reclique dessus !

Cette approche unit paradoxalement 2 camps opposés sur un même constat : il faut choisir entre les explications de la science et Dieu !

On trouve d’un côté les littéralistes bibliques qui refusent de reconnaître l’évolution comme une explication recevable de l’univers et de la vie, de l’autre des matérialistes athées revendiquant une incompatibilité de toute forme de théisme avec la science de l’évolution.

La rhétorique des deux groupes est guerrière, les débats sont le plus souvent violents !

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Le matérialisme scientifique

s’appuie sur deux affirmations :
  1. La matière est la réalité fondamentale dans l’univers
  2. La méthode scientifique est la seule voie fiable pour parvenir à la connaissance
Au travers de l’exemple de Carl Sagan et de ces extrapolations à partir de ses connaissances en cosmologie, l’auteur montre comment le matérialisme s’apparente à une forme de métaphysique et quitte donc la sphère de la science. Dans un autre domaine, Edward O. Wilson fait des sciences humaines et sociales une extension de la Biologie expliquant tous les comportements humains y compris religieux comme des réminiscences utiles et explicables par l’évolution. Après avoir posé les questions sur la suffisance de la science et la pertinence des présupposés du matérialisme, l’auteur synthétisera :
Rien ne nous oblige à conclure que la matière seule est réelle, ou que l’esprit, la volonté, l’amour humain ne sont que des sous-produits de la matière en mouvement. En résumé, il n’y a pas dans le théisme, de conflit inhérent avec la science, mais il y en a avec une métaphysique matérialiste

Littéralisme biblique

Le théologien montre ici comment le fondamentalisme qui encourage une lecture littérale des Écritures s’est renforcé, notamment aux Etats-Unis depuis les années 1980 en réaction à la « désintégration morale des sociétés modernes ». La Bible offre également une base solide et une certitude face à un temps de perpétuels changements qui est loin de rassurer. Pour les littéralistes bibliques, la théorie de l’évolution mine l’observation des commandements moraux de Dieu. C’est dans ces années-là que nait également le « créationnisme scientifique » censé démontrer scientifiquement les récits bibliques de la création et une Terre jeune. S’en suit un petit récapitulatif de l’histoire politique et judiciaire mouvementée des Etats-Unis concernant l’enseignement de théories alternatives à l’évolution dans les écoles. Et l’auteur de rappeler :
 la communauté scientifique ne pourra jamais être totalement autonome ou isolée de son contexte social, mais elle doit être protégée des pressions politiques qui voudraient lui dicter ses conclusions.

C’est l’esprit d’ouverture incarné par le discours du Pape Jean-paul II qui conclura cette catégorie de conflit sur une note d’espoir et de progrès :

 la science peut purifier la religion de l’erreur et de la superstition ; la religion peut purifier la science de l’idolâtrie et des vérités absolues. Chacune peut conduire l’autre vers un monde plus ouvert où chacune s’épanouira.

INDEPENDANCE

Un moyen d’éviter les conflits entre science et religion consiste à maintenir les deux disciplines dans des compartiments étanches.

La compartimentation n’est pas motivée simplement par le désir d’éviter des conflits inutiles, mais aussi par un souci de fidélité au caractère distinctif de chaque aspect de la vie et de la pensée.

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Des domaines séparés

L’esprit de la réforme a mis l’accent sur la place centrale du Christ tout en acceptant les résultats de l’exégèse biblique moderne et de la recherche scientifique. La science se fonde sur l’observation et la raison humaine tandis que la théologie se fonde sur la révélation divine. L’action divine n’est pas passée par la dictée des Écritures mais par des vies de personnes et de communauté, nous devrions alors lire les chapitres qui ouvrent la Genèse comme une représentation symbolique de la relation fondamentale de l’humanité et du monde à Dieu, de son ordre et sa bonté. Ces significations religieuses peuvent être séparées de la cosmologie ancienne qui sert à les décrire. La science pose des questions objectives sur le comment et  la foi pose des questions personnelles sur le pourquoi, sur le sens et la finalité de nos origines et de notre destinée ultime. Dans la pensée catholique et néo-orthodoxe, Dieu est réputé agir comme cause première à travers les causes secondaires du monde naturel que la science étudie. De nombreux théologiens ont ainsi plaidé pour un système de séparation, du côté de la communauté scientifique, Stephen Jay Gould a proposé son célèbre modèle de non recouvrement des magistères (NOMA) – bien que celui-ci  ne renonce pas à certains points de contact entre eux, voir la catégorie suivante.

Des fonctions et des langages différents

La science pose des questions soigneusement délimitées à propos de phénomènes naturels. Nous n’avons pas à attendre d’elle qu’elle s’acquitte de missions auxquelles elle n’était pas destinée, comme proposer une vision du monde générale, une philosophie de la vie ou un ensemble de normes éthiques. Les fonctions distinctives du langage religieux, selon les analyses linguistiques, sont de recommander une manière de vivre, de privilégier une série de comportements et d’encourager le respect des principes moraux particuliers.

La thèse de l’indépendance est un bon point de départ, mais nous ne pouvons nous contenter de regarder la science et la foi comme des langages sans aucun rapport dès lors que ces langages parlent du même monde. Si nous voulons parvenir à une interprétation cohérente de toutes les expériences, nous ne pouvons éviter la recherche d’une vision du monde plus unifiée.

DIALOGUE

En comparant science et foi, le dialogue met l’accent sur les similitudes dans les présuppositions, les méthodes et les concepts, tandis que la thèse de l’indépendance insiste sur les différences.

Le dialogue consiste à travailler sur les questions qui se posent aux frontières de la science et d’observer les similitudes méthodologiques qui peuvent exister avec l’approche religieuse.

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Présuppositions et questions limites

L’auteur commence par souligner mais avec mesure le rôle qu’a pu jouer la pensée chrétienne en occident pour favoriser l’avènement de la science moderne. L’observation avait pour vocation de découvrir l’ordre d’un monde créé par Dieu, monde non divin en soi à la différence de ce que pensaient beaucoup de cultures antiques. Puis il en vient aux questions limites qui sont des questions posées par la science mais auxquelles elle-même ne peut pas répondre, comme les questions éthiques liées à l’utilisation de la science et les présuppositions ou les conditions qui rendent possible la recherche scientifique. Il faut également prendre en compte le profond respect quasi religieux qu’inspire l’intelligibilité de l’univers comme le soulignait Einstein. La science nous montre un ordre qui est à la fois rationnel et contingent ; ses lois et ses conditions initiales n’étaient pas nécessaires au sens philosophique du terme. Dans ce cadre, des questions légitimes se posent, comme : pourquoi y a-t-il un univers ?

Parallèles méthodologiques et conceptuels

De nombreux historiens, philosophes des sciences et théologiens ont fait remarquer que la science n’est pas aussi objective ni la religion aussi subjective qu’on l’avait supposé. Certes leurs méthodes et données sont d’un genre radicalement différent, mais on relève aussi des parallèles importants dans les méthodes utilisées notamment l’emploi de critères de cohérence et de conformité par rapport à l’expérience. Nombre de théologiens affirment que la théologie dans sa forme la plus estimable est une entreprise de réflexion critique qui peut s’ouvrir à de nouvelles connaissances y compris celles qui puisent leur source dans les sciences. Enfin, de nombreux auteurs ont récemment exploré des parallèles conceptuels entre science et religion. La communication de l’information en science (ADN) permet par exemple, certaines comparaisons intéressantes avec la vision biblique du verbe divin dans la création.

INTEGRATION

Trois approches théologiques ou philosophiques plaident pour une forme de partenariat plus étendue et plus systématique entre la science et la foi que ne le propose le dialogue.

La théologie naturelle part des données scientifiques consensuelles et s’accorde avec le sentiment personnel de respect et d’émerveillement dont témoignent de nombreux scientifiques, elle n’apporte pas de preuves irréfutables à l’appui du théisme, mais donne des indices solides quant à l’existence d’un créateur.

Une théologie de la nature quant à elle, ne part pas de la science mais plutôt d’une tradition fondée sur l’expérience religieuse et la révélation historique. Elle soutient que certaines doctrines traditionnelles devraient être reformulées à la lumière de la science actuelle.

Enfin, la philosophie du processus comme synthèse systématique, cherche une intégration plus systématique de la science et de la religion dans le cadre plus global d’une métaphysique. Il s’agit d’échafauder un système conceptuel complet qui puisse représenter les caractéristiques fondamentales de tous les événements.

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La théologie naturelle

cherche de longue date à montrer l’évidence ou les indices d’un plan dans la nature. Thomas d’Aquin a réfléchi à un chaînage des causes qui remonteraient à une cause première (Dieu). Le Dieu horloger du déisme ou la célèbre montre de William Paley en sont d’autres exemples. La critique du philosophe David Hume contre l’argument du plan divin est resté très populaire mais Darwin lui-même prônait une version reformulée de cet argument, il suggérait que Dieu fut à l’origine des lois du processus de l’évolution, laissant les détails au hasard. Plus proche de nous, le philosophe Richard  Swinburne part du principe que l’existence de Dieu a une plausibilité initiale en raison de sa simplicité et parce qu’elle apporte une explication cohérente du monde. En y ajoutant l’expérience religieuse et l’émergence de la conscience qui implique quelque chose se situant au-delà des lois physiques, le théisme est plus probable qu’improbable. Enfin le principe anthropique et l’ajustement fin de l’univers sont également des arguments puissants qui plaident en faveur d’un univers conçu. Ces approches sont en concurrence avec d’autres hypothèses telles que l’existence de multiples univers.

Théologie de la nature

La science et la religion sont ici considérées comme des sources d’idées  relativement indépendantes, mais dont les préoccupations se rejoignent parfois. Les doctrines relatives à la création et à la nature humaine en particulier sont affectées par les découvertes de la science. Les doctrines théologiques doivent être compatibles avec les faits scientifiques, même si elles ne se réfèrent pas directement aux théories scientifiques actuelles. La nature est comprise comme un processus d’évolution dynamique. La création divine passe par des processus du monde naturel que la science révèle  et le problème du mal est aussi envisagé différemment dans un monde en évolution plutôt que statique. Se basant sur les travaux du biochimiste et théologien Arthur Peacocke, et de nombreux autres, les concepts de causalité descendante, d’indétermination quantique et d’intention divine sont revisités. Comme l’argumentation ne vise pas ici à démontrer l’existence de Dieu à partir de faits scientifiques, on parlera d’une théologie de la nature plutôt que d’une théologie naturelle. Cette théologie est aussi l’occasion de reformuler une éthique environnementale adaptée au monde d’aujourd’hui ; l’analyse incombe alors à la science alors que l’attitude à adopter envers la nature et notre volonté d’agir sera traitée sous l’angle éthique de la religion.

Synthèse systématique

Dépassant la métaphysique de Thomas d’Aquin et la pensée thomiste plus récente, la philosophie du processus paraît bien placée pour définir une sorte de synthèse universelle entre connaissances scientifiques et théologiques actualisées. Abandonnant le dualisme esprit/matière pour un seul type d’événement qui comporte deux aspects, cette philosophie moniste décrit une organisation de la nature assez sophistiquée comportant de multiples niveaux : de la mémoire rudimentaire à la conscience réflexive propre à l’homme. Dieu n’est pas le souverain transcendant du christianisme classique, Dieu est en interaction continue avec le monde et son influence s’exerce sur tous les événements mais il n’en est jamais la seule et unique cause. Dans certaines versions de cette théorie, la toute-puissance de Dieu est abandonnée au profit d’un Dieu de persuasion, soulignant également que l’immuabilité divine n’est pas une caractéristique du Dieu biblique qui participe en fait intimement à l’histoire.

Même si par certains aspects la philosophie du processus peut s’avérer intéressante, Ian Barbour souligne les dangers d’une métaphysique systématique car ni la science ni la religion ne devraient être assimilées à un système métaphysique. Il est dangereux de déformer des idées scientifiques ou religieuses pour se conformer à une synthèse préexistante qui prétend englober toute réalité.  Ce serait altérer la riche diversité de notre expérience que de la scinder en plusieurs compartiments étanches, mais aussi de la faire entrer de force dans un système intellectuel bien défini.


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