Crédit illustration : Chokniti Khongchum de Pixabay
Présentation de l’article par Science & Foi/Marc Fiquet
La science a-t-elle tué Dieu ? La réponse d’Alister McGrath à Richard Dawkins
Aujourd’hui encore, une idée reçue très répandue dans les médias et la culture populaire affirme que les avancées de la science moderne auraient rendu la foi en Dieu obsolète. Dans cette neuvième étude de la série des Faraday Papers, intitulé « La science a-t-elle tué Dieu ? », le théologien et scientifique Alister McGrath examine cette affirmation avec la rigueur et la clarté qu’on lui connait. En s’attaquant au « Nouvel Athéisme » représenté par le biologiste Richard Dawkins, McGrath montre que la science ne conduit pas inéluctablement à l’athéisme et propose une redéfinition essentielle de la foi chrétienne.
Cet article n’avait pas encore été référencé dans notre collection des Faraday Papers car il est assez proche de la conférence de 2004 donnée à Cambridge que nous avions traduite dans cette publication de 2013, mais c’est un sujet toujours d’actualité et McGrath reste une référence incontournable pour aborder ce type de discussions.
Qui est Alister McGrath ?
Pour bien saisir la portée de cette synthèse, il est utile de rappeler le parcours singulier de son auteur. Il donne d’ailleurs un extrait de son témoignage dans l’article. Retraité depuis septembre 2022, Alister McGrath est aujourd’hui professeur émérite de science et religion à l’Université d’Oxford et fellow émérite du Harris Manchester College.
Ayant grandi à Belfast dans les années 1960, il était alors un athée convaincu, persuadé que Dieu n’était qu’une « illusion infantile » destinée aux faibles d’esprit. C’est au cours de ses études supérieures en chimie puis de ses recherches en biophysique moléculaire à l’Université d’Oxford qu’il vit une véritable crise intellectuelle qu’il n’hésite pas à nommer « crise de foi ». Il réalise peu à peu que le lien présumé automatique entre les sciences naturelles et l’athéisme relève d’une hypothèse naïve. Converti au christianisme à l’âge de 18 ans, il s’est ensuite consacré à l’étude de la théologie tout en conservant un profond respect pour la démarche scientifique.
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages majeurs en réponse aux thèses athées, dont Le Dieu de Dawkins (2004) ou The Dawkins Delusion? (2007) que nous avons eu le plaisir de traduire sous le titre Darwin a t-il tué Dieu ?). McGrath s’exprime depuis l’intérieur même des deux univers intellectuels qu’il maitrise parfaitement que sont le domaine scientifique (biologie) et la faculté de théologie.
Les thèses de Richard Dawkins : l’athéisme collé au « velcro »
En face, le biologiste zoologiste Richard Dawkins s’est imposé comme le porte-drapeau de l’athéisme militant et antireligieux. Ses thèses, résumées et analysées par McGrath, s’articulent autour de trois arguments principaux :
- L’élimination scientifique de Dieu : Depuis Darwin, l’illusion d’un univers conçu par un Créateur s’est effondrée. Le monde vivant s’explique par la sélection naturelle, révélant un cosmos sans but ni intention, caractérisé par une « indifférence aveugle et sans pitié ».
- La foi comme maladie mentale et illusion enfantine : Dawkins définit la foi comme une « confiance aveugle, qui se passe de preuves », assimilable à un « virus de l’esprit » ou à la croyance au Père Noël.
- La religion comme mal intrinsèque : La foi religieuse est présentée comme un danger moral et social qui nuit au bien-être humain et étouffe la recherche de la vérité.
McGrath réplique que l’athéisme de Dawkins n’est pas la conclusion logique des données biologiques, mais qu’il est rattaché à sa science par une sorte de « velcro intellectuel ». Citant le célèbre biologiste de l’évolution Stephen Jay Gould, McGrath rappelle la neutralité méthodologique de la science : la méthode scientifique ne peut ni affirmer ni réfuter l’existence de Dieu. Le fait qu’il existe d’éminents scientifiques croyants (comme Francis Collins), agnostiques ou athées montre bien que les données de la nature sont compatibles avec différentes visions du monde.
Au cœur de l’article : La redéfinition de la foi chrétienne par McGrath
McGrath mets à jour et éllabore une déconstruction de l’homme de paille construit par Dawkins. Face à la caricature d’une foi définie comme un aveuglement irrationnel sans preuves, McGrath redéfinit la foi chrétienne à la lumière de la tradition théologique et de l’épistémologie :
- Une conviction fondée sur des preuves pertinentes : McGrath souligne qu’aucune confession de foi chrétienne officielle ne définit la foi comme un renoncement aux preuves. S’appuyant sur le théologien W. H. Griffith-Thomas, il rappelle que la foi « commence avec la conviction de l’esprit basée sur des preuves pertinentes », se poursuit par la confiance du cœur et se concrétise dans le consentement de la volonté. La foi n’est pas un saut irrationnel dans le vide, mais une conviction fondée.
- Un cadre d’intelligibilité de la réalité : La foi fonctionne comme une grille de lecture globale. Tout comme la démarche scientifique elle-même s’appuie sur des croyances fondamentales non démontrables, telles que la rationalité, l’ordre et l’intelligibilité de l’univers, la foi chrétienne ne vient pas remplacer la science. Elle offre la « grande histoire » qui donne du sens au fait même que le monde soit intelligible et que notre esprit puisse le comprendre.
- Une confiance personnelle (fiducia) et non une régression : La foi n’est pas un assentiment abstrait à des formules dogmatiques, mais un acte de confiance personnelle envers un Dieu qui se révèle. Répondant à la comparaison enfantine avec le Père Noël, McGrath observe avec ironie que si personne ne commence à croire au Père Noël à l’âge adulte, nombreux sont ceux qui découvrent la foi chrétienne une fois devenus adultes et pleinement formés intellectuellement.
Enfin, sur le plan empirique, McGrath démonte l’affirmation selon laquelle la religion serait mauvaise pour la santé (sorte de marotte chez Dawkins). Il cite une synthèse scientifique de Koenig et Cohen portant sur 100 études : 79 % d’entre elles montrent une corrélation positive entre l’engagement religieux et le bien-être humain, contre seulement 1 % révélant une association négative. Ces données contredisent nettement les thèses simplistes avancées par Dawkins.
Conclusion : Pour un modèle de dialogue et de complémentarité
En citant le Prix Nobel de médecine Sir Peter Medawar, Alister McGrath rappelle fort justement les limites intrinsèques de la science : celle-ci est incapable de répondre aux questions de sens ou de destinée ultime.
La démonstration de McGrath rejoint parfaitement le modèle du dialogue et de la complémentarité entre science et foi. La science nous dévoile avec émerveillement comment fonctionne le monde matériel, tandis que la foi nous révèle pourquoi il existe et qui en est l’Auteur, La science n’est pas le seul outil dont l’homme dispose pour lire le monde naturel, c’est pourquoi, McGrath peut conclure avec un Psaume tiré de la Bible : « Les cieux racontent la gloire de Dieu » (Psaume 19:1).


