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Congrès Bible et science Mulhouse 2022 le point sur l'âge de la terre


Crédit illustration : Healing63 chez depositphotos

Etienne Vernaz est intervenu lors du culte de l’Eglise Porte Ouverte de Mulhouse le 30 octobre 2022. Il y défend la position Créationnisme Jeune Terre (CJT). La vidéo est ici. Il y renvoie à leurs études, ou n’hésite pas à calomnier cosmologistes, biologistes, anthropologistes, géologues, scientifiques du climat, Chrétiens ou non.

Je ne parlerai brièvement ici que de ses positions sur la cosmologie et la science du climat.

Je cite ses propos avec le minutage. Puis je commente.

I. Etienne Vernaz et la cosmologie

Nous sommes formatés par l’idée que l’univers a été créé soudainement par le Big Bang il y a quelques 13,8 milliards d’années.

1:35:51 puis 1:47

Certes, les scientifiques communiquent souvent trop vaguement sur le sujet, et les auteurs de vulgarisation scientifique encore plus. Mais Etienne Vernaz devrait savoir que la cosmologie contemporaine ne prétend pas, mais alors pas du tout, que l’univers a été créé avec le Big Bang. C’est une question que la cosmologie contemporaine ne peut trancher pour le moment, faute de disposer d’une théorie testée de la gravitation quantique. Le sujet a été longuement abordé sur ces pages, comme par exemple ici, dans un commentaire sur le récent ouvrage de Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu – La science – Les preuves : L’aube d’une révolution. La cosmologie contemporaine ne propose pas de consensus sur ce qui s’est passé avant la phase dense et chaude de la nucléosynthèse primordiale. Après cette période, on peut comparer la théorie avec des observations. Avant, c’est l’inconnu, de la spéculation.


le Big Bang nous dit il y a un début, il y a une fin.

1:47:49

La cosmologie contemporaine ne dit ni l’un ni l’autre. Ni un début, voir ci-dessus. Ni une fin, car dans l’état actuel des connaissances, on se dirigerait plutôt vers une expansion éternelle dans le futur. Même ici, des inconnues peuvent surgir, que Katie Mack explore joliment dans son ouvrage Comment tout finira : (Astrophysiquement parlant) .


au début on doit mettre une inflation de l’univers à une vitesse qui est des ordres de grandeur plus rapides que la vitesse de la lumière, pourtant c’est impossible nous dit-on dans la même théorie.

1:48:18

Etienne Vernaz ne comprend pas à la Relativité Générale (RG). La RG est mathématiquement fondée sur la Relativité Restreinte (RR), qui interdit un mouvement plus rapide que la lumière. La RG ne va donc pas contredire la RR. Il se passe simplement qu’un mouvement supraluminique est interdit, par rapport à l’espace local. Mais la RG permet tout à fait à 2 portions d’un espace en expansion de s’éloigner l’une de l’autre plus vite que la lumière. De fait, c’est ce qui se passe aujourd’hui, pas la peine d’aller chercher l’inflation, pour 2 galaxies suffisamment éloignées l’une de l’autre.

L’image des fourmis à la surface d’un ballon que l’on gonflerait est éclairante : les fourmis ne peuvent se déplacer plus vite que la lumière par rapport à la surface du ballon. Mais deux portions du ballon assez éloignées l’une de l’autre, le peuvent.

Enfin, il n’y a pas de consensus sur l’inflation. Ce serait une phase d’expansion rapide qui aurait précédé la nucléosynthèse primordiale, c’est-à-dire qui se serait produit à une époque dont on ne sait pas grand-chose. Il est ainsi tout à fait normal que l’univers primitif que l’on découvre pose des problèmes à la physique connue, puisqu’il vient d’une époque dont la physique nous est inconnue (voir une discussion plus ample ici).


on va inventer des trous noirs

1:48:42

Les trous noirs sont une conséquence robuste de la RG. Ils ont été observés. On ne les « invente » pas.


John Harnett cosmologiste a écrit « il est éthiquement et professionnellement indéfendable du dire que le modèle du Big Bang explique les origines de l’univers comme cela est enseigné dans toutes nos écoles »

1:48:54 

Le modèle du Big Bang n’explique PAS les origines de l’univers. Et si des écoles l’enseignent, elles ont tort.

II. Etienne Vernaz et la science du climat

 Le changement climatique produit des effets dramatiques qui remettent en cause l’existence même de l’homme sur la terre (Urgence Climatique, GIEC).

1:36:54, diapo 20

Le temps du verbe est erroné et ne correspond pas aux propos du GIEC. Les scientifiques du climat ne disent pas, au présent, que le changement climatique remet en cause l’existence même de l’homme sur terre. Ils avertissent que le changement climatique, s’il n’est pas freiné, si l’on continue à brûler tout le pétrole, gaz, charbon qui nous tombe sous la main, peut provoquer, dans le courant du XXIème siècle, un réchauffement qui serait catastrophique pour l’humanité.


la science a démontré que 97% des scientifiques s’accordent à… aucune des affirmations de la diapo précédente ne s’appuie sur des faits mesurables.

1:37:31

Ces 97% se réfèrent au consensus sur l’origine humaine du changement climatique (voir 2:20:00, diapo 54). Il est complètement faux de prétendre que ce chiffre de 97% ne s’appuie pas sur des faits mesurables. Il est le fruit d’une étude quantitative minutieuse publiée en 2016. Soit dit en passant, son premier auteur, John Cook, est Chrétien.

Il suffit de lire les revues scientifiques Nature ou Science chaque semaine, ou bien d’assister à la conférence géante (25 000 participants) de l’American Geophysical Union, pour se rendre compte que les scientifiques ne se demandent plus s’il y a un réchauffement (il y en a un), ni si ce réchauffement vient de l’activité humaine (il en vient). La frontière du savoir a bougé.


depuis 30 ans, tous ces modèles se sont avérés faux.

2:07 (sur la diapo 50)

C’est complétement faux. Les comparaisons avec les prédictions passées et la réalité sont tout à fait satisfaisantes. Voir par exemple cette étude comparative. Même la multinationale ExxonMobil, qu’on ne saurait soupçonner de dérive écolo, avait vu juste en 1982,

Au 24 novembre 2022, le document se trouvait encore sur le site d’ExxonMobil. Le graphe ci-dessus est en page 7 (p. 14 du pdf).


Aucun changement sur la surface glacée au pôle Nord.

2:08:00 (diapo 52)

Ces deux images qu’Etienne Vernaz montre côte à côte viennent du « National Snow and Ice Data Center » (NSIDC). Elle semble montrer que l’extension de la banquise arctique n’a pas varié entre mai 1989 et mai 2022,

Glace pole nord 1

Pourtant, le site du même organisme contient également la courbe ci-dessous, pour tous les mois de mai depuis 1979,

Courbe glace pole nord 1

Comme on le voit, ça baisse. Le NSIDC soutiendrait-il donc une chose et son contraire ? L’explication est simple.

M. Vernaz compare mai 1989, une année particulièrement basse à cette époque, avec mai 2022, année particulièrement haute (c’est moi qui ai mis les traits rouges pour signaler les données qu’il a choisi). Un choix judicieux de 2 valeurs isolées parmi 43, pour donner l’impression que la tendance à la baisse n’existe pas.

Glace pole-nord 2

Là, on voit bien une perte. Mais ici encore, l’exercice est trompeur car j’ai sélectionné mai 1985, assez haut pour l’époque, et mai 2016, assez bas pour l’époque. Seule la courbe de tous les mois de mai depuis 1979 permet d’apprécier réellement la perte sur le long terme.

Pourtant, la perte n’est pas énorme, même quand je triche autant qu’Etienne Vernaz. Pourquoi ? Parce que le mois de mai correspond au moment de l’année où l’extension de la glace arctique est presque maximum. Et cette extension maximum est limitée par les continents environnant, comme on le voit sur les cartes.

Une idée : au lieu de choisir les mois de mai, mois d’une extension maximale limitée par les terres mitoyennes, choisissons les mois de septembre, à la fin de l’été, où l’extension est minimale, et en rien limitée par le bas. Les données sont disponibles sur le site du NSIDC et la courbe est celle-ci[1],

Courbe glace pole-nord 2

Là, y’a pas photo, ça rétrécit nettement. Encore plus nettement que pour les mois de mai. Choisissons pour finir 2 années représentatives, c’est à dire qu’on ne triche pas, de la tendance à long terme figurée par la ligne en pointillés. Les mois de septembre 1980 et 2019, qui sont presque sur la droite grise en pointillés. Les cartes du NSIDC donnent cela,

Glace pole-nord 3

Sans commentaires. Je me demande pourquoi Etienne Vernaz n’a pas choisi ces images. De deux choses l’une,

  • La juxtaposition des 2 photos montrées par M. Vernaz traine sur Facebook depuis quelque temps. Il est possible d’Etienne Vernaz, trop heureux de l’eau versée ainsi à son moulin, ait relayé cette tromperie sans même la vérifier.
  • Etienne Vernaz a lui-même été chercher ces images sur le site du NSIDC, en se gardant bien de signaler qu’elles ne sont PAS représentatives de la réalité.


dans le GIEC il y a 0 expert.

2:44:35

C’est complétement faux. Les gens qui rédigent les rapports du GIEC sont des experts qui, à la demande de l’ONU, font une synthèse des connaissances sur la science du climat. J’en connais personnellement. Certains profs de ma fac en ont fait partie. Les rapports du GIEC ne sont pas écrits par des ronds de cuirs de l’ONU, mais par des scientifiques dont certains, comme John Houghton ou Katherine Hayhoe, sont[2] des Chrétiens évangéliques.

Conclusion

Etienne Vernaz illustre bien les propos de Mary Schweitzer, Chrétienne, et découvreuse des tissus mous dans les fossiles de dinosaures,

 Les créationnistes jeune-terre vous traitent vraiment mal, ils déforment vos propos et manipulent vos données. 

Mary Shweitzer


Notes

[1] Toutes les données du NSIDC, mois par mois depuis 1979, sont disponibles ici, sur le site du NSIDC.

[2] “Etait”, dans le cas de John Houghton, puisqu’il est décédé en 2020.


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