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La Bible est-elle "exacte" en matière d'histoire?


La question de l’ « exactitude  » historique dans la Bible est au cœur de mes réflexions depuis plusieurs années, depuis que j’étudie les rapport entre les onze premiers chapitres de la Genèse (d’Adam à Noé) et la science en particulier.

Avant d’entrer dans ce débat si sensible, j’aimerais rappeler la nature des rapports entre Bible et histoire qu’entretient la majorité des évangéliques. Je citerai pour cela Henri Blocher, dans quelques extraits d’un article intitulé « Inerrance et herméneutique » ( La Bible au microscope ).

Henri Blocher nous donne une définition historique de l’inerrance biblique (la Bible est « sans erreur »)

« La question (disputée) de l’inerrance

Les grands docteurs de l’époque orthodoxe parlaient d’infaillibilité ; ils s’expliquaient sans détour : l’Ecriture infaillible était pour eux « exempte de toute erreur », véridique au suprême degré, sans faute ni défaillance de mémoire. »

 

Mais, comme je l’ai écrit dans un article, plusieurs emploient une même expression en sous entendant des significations très différentes

« La question principale concerne ce qu’on met sous les mots : qu’affirment, au sujet de l’Ecriture, les tenants de l’inerrance-infaillibilité ? …

Le contenu de l’affirmation

Les adversaires de l’inerrance sont volontiers maximalistes quand il faut la définir : ils la décrivent (en la refusant) comme l’ »exactitude méticuleuse» des nombres, des généalogies, des citations, elle implique une expression rigidement littérale, l’anticipation du savoir de la science moderne, le nivellement de toute diversité biblique…Certains théologiens très proches de ceux que nous venons d’évoquer choisissent au contraire une stratégie minimaliste : le Bible échappe bien à l’erreur, mais l’erreur n’est plus vaguement, que « la déviation loin de la vérité enseignée par Dieu »-« infaillible » signifie « que la Bible entière atteindra son but de salut et d’édification . » (Henri Blocher)

 

Si je comprends bien Henri Blocher , pour que la Bible puisse être qualifiée de « sans erreur », les généalogies bibliques n’ont  pas besoin d’être historiquement « exactes », les nombres non plus. Fait-il allusion aux âges des patriarches, au nombre de guerriers impliqués dans les batailles de l’AT, au nombre des Hébreux ayant accompli l’exode hors d’Egypte ?

Henri Blocher évoque l’anticipation du savoir de la science moderne. C’est un point crucial. Ainsi, pour lui, le Saint Esprit n’a pas révélé par avance aux auteurs bibliques des vérités scientifiques sortant de leur domaine de compétence scientifique, dépassant la connaissance de leurs contemporains. Par exemple, les premiers versets de la Genèse n’évoquent pas le Big bang (« Que la lumière soit… »), c’est du moins une conséquence logique me semble-t-il.

Comme beaucoup de lecteurs de ce blog le savent déjà, je ne suis plus un « concordiste scientifique », c’est-à-dire que je ne crois pas qu’il nous faille faire correspondre les découvertes de la science moderne avec le texte biblique, pour la bonne raison que le Saint Esprit n’a effectivement pas cherché à dépasser le niveau de connaissance des auteurs. Je note aussi qu’Henri Blocher ne va pas jusqu’à affirmer que la Bible a été écrite avec une conception ancienne du cosmos (le firmament, les piliers, les extrémités de la terre…).

La conception de l’inerrance qualifiée par HB de « minimaliste » rejoint assez celle du « concordisme théologique total » de Denis Lamoureux, ou de l’inerrance limitée au domaine spirituel, ou encore une définition que j’emprunte à mon ami Roger Lefebvre : « la Bible ne contenant rien qui puisse induire la foi en erreur »

Henri Blocher évoque alors les déclarations de Chicago de 1978 comme un modèle du genre sur le sujet et il enchaîne avec une définition de l’inerrance :

 

« Les champions les plus représentatifs de l’infaillibilité-inerrance évitent les écueils du maximum et du minimum…

L’infaillibilité-inerrance signifie ceci : quand les écrivains sacrés, dans l’Ecriture, de manière explicite ou implicite, prétendent énoncer quelque chose de juste ou vrai, c’est à bon droit qu’il le font. Tout ce qu’ils affirment (dans leur situation et selon les conventions de leur langage) mérite l’entier assentiment du lecteur (oui et amen) : AUCUN PROGRES DU SAVOIR NE PEUT CONDUIRE A LE REJETER OU LE RECTIFIER, cela seul SOUS UN SEUL DES ASPECTS IMPLIQUES : nul n’aura jamais le droit de s’inscrire en faux contre l’Ecriture…

Les hagiographes ont pu parler de la réalité du monde dans les termes de l’expérience commune, telle que chacun la vit et la voit (langage dit « phénoménal », c’est-à-dire selon le phénomène, l’apparaître : « le soleil tourne) : ce type de discours était et demeure légitime ; on ne peut pas les taxer d’erreur sous prétexte qu’ils ne se sont pas situés dans un autre type de discours « scientifique ». Puisque Dieu, par eux, « assume la totalité d’un langage humain », avec toutes ses ressources et ses limitations-« seule l’erreur n’est pas recevable, comme le péché »- ils ont librement usé des façons de s’exprimer et des procédés litéraires qui s’éloignent de la formulation litérale mais qui n’auraient pas induit en erreur le lecteur intelligent de la situation primitive, capable de comprendre : les hyperboles et toutes les figures (tropes), brèves ou développées, les nombres arrondis, les simplifications schématiques, les télescopages dans les récits, les citations ad sensum, etc. Aucune erreur dans tout cela ; l’inerrance épouse la forme du langage lui-même. » (la mise en majuscule est de mon fait)

J’ai longtemps pensé qu’une telle conception de l’inspiration biblique faisait justice au texte lui-même, et rendait gloire à Dieu, mais ce n’est plus le cas. Je vais essayer de montrer sur un exemple comment une telle conception de l’inerrance ne peut conduire qu’à des conflits inextricables entre science/histoire et Bible et des impasses intellectuelles très lourdes de conséquence.

Prenons l’affirmation de Paul concernant Adam dans le discours à Athènes des Actes des Apôtres

« A partir d’un seul homme, il a créé tous les peuples pour qu’ils habitent toute la surface de la terre ; il a fixé des périodes déterminées et établi les limites de leurs domaines.” (Actes 17:26 Sem)

Clairement, Paul prend ici position en faveur du monogénisme. Pour lui, l’humanité toute entière est issue d’un seul homme, donc d’un seul couple : Adam et Eve. En cela, nous avons toutes les raisons de penser qu’il a adopté les opinions « scientifiques » de ses contemporains, comment pourrait-il en être autrement !

Nous savons aujourd’hui que l’humanité ne descend pas d’un couple unique, encore moins un couple ayant vécu au Néolithique, à l’époque où le place clairement le texte dela Genèse.Ce sont des données scientifiques extra bibliques qui nous en informent, et pas la Bible elle-même. Si je suis le raisonnement d’Henri Blocher, corriger la conception de Paul par de nouvelles données extra bibliques équivaudrait à « s’inscrire en faux contre l’Ecriture… ». Je pense au contraire qu’il s’agit de replacer le texte dans son contexte culturel et ne pas lui faire dire ce que le Saint Esprit n’a jamais souhaité y révéler.

Nous poursuivrons notre réflexion dans d’autres articles à suivre


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