Dans notre précédent article, nous avons vu que pour le théologien Karl Barth, Dieu n’est pas un « ingénieur cosmique » qui se contenterait de réparer une machine défaillante de temps à autre. Mais si l’univers n’est pas une simple mécanique froide, quelle est alors sa véritable nature ? Et comment Dieu interagit-il avec lui au quotidien ?
Pour répondre à ces questions, Barth nous invite, dans sa Dogmatique de l’Eglise, à changer radicalement de perspective. La création n’est pas une fin en soi. Elle a un but bien précis : servir de cadre, d’espace de liberté, à l’incroyable histoire d’amour entre Dieu et l’humanité, ce que la Bible appelle l’Alliance.
Nous avons déjà abordé le concept de « théâtre de la création », mais s’en tenir à cette seule image simplifierait à outrance la pensée de notre auteur. Nous allons donc explorer en détail un passage clé du fameux §48 de la Dogmatique1, que vous pouvez approfondir dans l’ouvrage Barth. Cet extrait est d’une très grande richesse. L’intérêt de ce texte est qu’il nous permettra également de relire avec Barth deux passages très connus de la Bible en lien direct avec la théologie naturelle : le Psaume 19 et Romains 1.
Pour éclairer la doctrine de la Providence, Barth nous y propose 4 images parlantes : un serviteur, un instrument, un théâtre et un miroir. Explorons cela sans tarder.
1. Le Serviteur : offrir de l’espace au Maître pour un « service pur »
Pour définir le rôle du monde créé dans l’histoire de l’Alliance, Barth commence par une première image : celle du serviteur.
Dans notre monde, un serviteur est présent lorsque son maître travaille, lui offrant le temps, l’espace et l’opportunité nécessaires pour agir. Mais cette image humaine a ses limites. Un serviteur humain garde toujours sa liberté, ses intérêts personnels, ou la possibilité de changer d’employeur.
À l’inverse, l’histoire de la création offre à Dieu un service pur : elle n’a aucun projet autonome, aucun intérêt propre en dehors de l’œuvre de la grâce, et elle ne peut en aucun cas transférer son service à un autre maître. Elle est totalement et exclusivement dévouée à l’action de son Créateur.
2. L’Instrument : plus qu’un outil jetable
C’est précisément pour approfondir la nature de ce « service pur », où la création est utilisée par Dieu sans posséder d’initiative propre dans le salut, que Barth propose une nouvelle comparaison : celle de l’instrument. Si la création sert Dieu de manière si exclusive, ne fonctionne-t-elle pas comme un outil entre les mains de son artisan ?
Un outil n’est pas un sujet. Il ne connaît pas le but de l’artisan et ne peut rien faire de lui-même tant qu’il n’est pas saisi. Pourtant, dans les mains de l’ouvrier, il devient indispensable. Cette métaphore souligne la liberté absolue de Dieu face à sa création. Mais Barth montre qu’elle est, elle aussi, insuffisante, en effet :
- La créature est à la fois moyen et objet : Dieu ne travaille pas seulement à travers la création (comme avec un outil), il travaille sur elle et pour elle. Elle est le destinataire de son amour.
- La créature est active : Un outil humain est purement passif. Or, la création n’est pas inerte ; elle agit et répond à l’action de Dieu avec sa propre activité.
Pour exprimer cette idée de matière façonnée, la Bible utilise souvent l’image classique du potier et de l’argile (comme en Jérémie 18 ou Romains 9). Si cette comparaison exprime parfaitement la majesté de Dieu et notre petitesse, Barth nous avertit qu’elle reste insuffisante si on l’isole :
- Dieu ne « trouve » pas sa matière : Contrairement au potier qui doit chercher son argile dans le sol, Dieu n’a pas modelé le monde à partir d’une matière préexistante. Il a créé l’univers à partir de rien (ex nihilo).
- Nous ne sommes pas une matière inerte : L’argile est froide, passive et étrangère au potier. Pour Dieu, la créature est sa possession vivante. Nous sommes des sujets aimés, doués de vie, appelés à entrer en relation avec Lui.
3. L’impossible définition
À la question : « Quel est le but concret et ultime de l’univers physique ? », la science pourra expliquer le comment de son évolution, mais la théologie a vocation à en chercher le pourquoi.
Barth reconnaît humblement qu’aucune définition logique ou rigoureuse ne peut épuiser ce mystère. Face à la grandeur du projet de Dieu, les concepts théologiques purs s’essoufflent. Pour s’exprimer, la foi doit recourir à des comparaisons et à des métaphores imparfaites mais suggestives.
Ce que nous pouvons affirmer au minimum, c’est que la création a reçu de Dieu une mission essentielle : elle fournit le temps, l’espace et les occasions nécessaires pour que la volonté divine et l’Alliance de grâce s’accomplissent dans l’histoire.
Dans cette optique, Barth signale que
pour indiquer la téléologie* de l’œuvre divine, l’image du “théâtre” […] n’est pas sans pertinence.
(p. 49).
*La téléologie (du grec telos, le « but ») est l’étude de la finalité ou du but d’une chose. Dans ce contexte théologique, cela désigne tout simplement le projet ou l’objectif ultime que Dieu assigne à sa création : l’Alliance.
Explorons cette image plus en avant.
4. Le cosmos comme maison, temple et théâtre
Pour illustrer ce cadre de vie, Barth nous invite d’abord à relire Genèse 1. On peut contempler ce récit comme la construction progressive d’une magnifique demeure ou d’un temple cosmique. Jour après jour, les structures s’élèvent, le décor se plante.
Pour Barth la création n’est donc pas un assemblage matériel neutre ou aléatoire, mais un projet divin dont l’être humain occupe le centre stratégique. Dieu déploie patiemment le décor cosmique dans le seul but d’y accueillir l’humanité. Dans Gen 1, l’être humain y est introduit à la toute fin du sixième jour, non comme un spectateur passif, mais comme l’habitant principal et le vis-à-vis aimé de son Créateur. C’est cette relation unique qui donne son sens et sa dignité à toute l’œuvre matérielle.
Le sommet de ce récit n’est pas le sixième jour, mais le septième : le sabbat, le repos de Dieu. C’est le moment où Dieu s’arrête pour entrer en relation avec sa création et partager sa joie avec l’humanité. Le lien intime entre la création de l’homme (sixième jour) et le repos divin (septième jour) montre que la relation d’Alliance est le but ultime de toute cette construction.
C’est ce que le réformateur Jean Calvin avait déjà magnifiquement résumé en appelant le cosmos le theatrum gloriae Dei : le théâtre de la gloire de Dieu. Le temps et l’espace n’existent que pour que cette pièce de théâtre (l’histoire d’amour et de salut entre Dieu et les hommes) puisse être jouée.
5. Une condition indispensable : la réalité distincte de la créature
Pour qu’un dialogue d’amour existe, il faut être deux. Si le monde n’était qu’une extension de Dieu ou une illusion, aucune Alliance réelle ne serait possible.
Barth insiste donc sur un paradoxe : bien que Dieu soit souverain, il a voulu que la créature possède une existence réelle, distincte et autonome à ses côtés. Le monde a sa consistance propre, ses lois physiques, son autonomie.
Barth précise rigoureusement le statut de cette existence :
- La nature ne peut pas produire le salut par elle-même.
- Elle n’est pas le sujet de la grâce.
- Elle n’est ni la cause première (causa prima), ni même la cause secondaire (causa secunda) de notre réconciliation avec Dieu.
- Mais elle en est la base externe, la condition indispensable (conditio sine qua non).
Pour que le Christ puisse s’incarner, pour que la foi, l’amour, le danger et la repentance se déploient, il faut bien un espace physique et historique. L’œuvre de Dieu a besoin d’une scène extérieure à Lui-même (extra Deum) pour se manifester. Cette scène, c’est notre cosmos.
6. La Providence : l’entretien permanent de la scène
Un théâtre ne sert à rien si le toit s’effondre, si l’électricité est coupée ou si les acteurs n’ont plus de plancher sous leurs pieds. C’est ici que la théologie de la Providence prend tout son sens.
Pour Barth, la Providence n’est pas une intervention magique qui modifierait sans cesse les lois de la nature. C’est la garantie fidèle et continue par laquelle Dieu entretient et maintient ce théâtre. Dieu veille à chaque seconde à ce que le monde ne retourne pas au néant. Il garantit qu’il y aura toujours assez de temps, d’espace et d’opportunités pour que l’histoire de la grâce continue de s’écrire, jusqu’au jour où elle atteindra sa plénitude.
7. Conséquence pour la foi : se sentir enfin « chez soi » dans l’univers
Cette théologie a un impact pastoral profond. Face au vide spatial ou à la dureté de la nature, nous pouvons ressentir un vertige existentiel.
Barth nous rappelle que si nous nous sentons perdus, c’est que notre foi dans la Providence vacille. Si nous appartenons au Christ, notre regard change : le cosmos n’est plus un hasard froid, il est la maison du Père. Elle ne nous sauve pas (seul le Christ le fait), mais sa gratuité quotidienne est une source de joie et de reconnaissance.
8. La création comme un miroir de l’Alliance
Pour aller encore plus loin, Barth propose une quatrième image : la création comme un miroir de l’Alliance, s’inspirant des paroles de l’apôtre Paul :
Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure…
1 Corinthiens 13,12
Comment fonctionne cette dynamique ?
Pour Barth, la création physique (le miroir) ne crée rien d’elle-même : elle reflète de manière indirecte l’histoire de l’Alliance en Jésus-Christ (l’original). Et comme dans tout miroir, l’image est inversée : il y a ressemblance, mais jamais d’identité absolue. La nature n’est pas Dieu, et l’histoire des hommes n’est pas l’histoire du salut.
Pourtant, ce reflet est structurel et profond. Barth en donne des exemples caractéristiques :
- L’harmonie entre le ciel et la terre évoque l’union de la divinité et de l’humanité en Christ.
- L’amour de l’homme et la femme dans le mariage est un écho de l’union entre le Christ et l’Église.
- Les grands rythmes naturels (lumière/ténèbres, vie/mort) illustrent le combat entre grâce et péché.
Le cosmos tout entier, même marqué par les flous de notre condition humaine, porte ainsi l’empreinte digitale de son Créateur.
9. Le reflet exige des yeux de foi
La question cruciale devient alors : tout le monde peut-il voir ces reflets ? Un scientifique qui observe les étoiles y verra-t-il automatiquement la grâce de Dieu ?
Barth répond clairement : non. Pour reconnaître un visage dans un miroir, il faut d’abord connaître l’original.
Si vous n’avez jamais vu le visage d’une personne, son reflet dans une vitre ne vous dira rien. C’est ici que la foi est indispensable. C’est uniquement lorsque nous rencontrons Dieu en Jésus-Christ, à travers sa Parole et sa révélation (l’original), que nos yeux s’ouvrent. C’est alors, et alors seulement, que nous pouvons nous retourner vers le cosmos et nous écrier : « Regardez, le monde en est rempli de reflets ! »
Barth rejette ainsi la « théologie naturelle » classique (analogia entis ou analogie de l’être), qui prétend monter de la nature vers Dieu. Pour lui, la démarche est inverse : on part de Dieu révélé en Christ pour redescendre vers la création et en comprendre le sens profond (analogia fidei ou analogie de la foi).
10. Les limites du miroir : attention aux spéculations futiles !
Toute métaphore a ses limites, et Barth nous met en garde contre une mauvaise interprétation de l’image du miroir. Un miroir est un objet statique. On pourrait être tenté de s’asseoir confortablement devant lui pour contempler le monde de manière purement intellectuelle ou spéculative, comme s’il s’agissait d’un jeu de l’esprit.
Or, notre vie dans ce monde n’a rien de passif. L’existence nous bouscule, nous engage, nous demande des choix éthiques et une responsabilité concrète au quotidien. Le miroir de la création n’est pas un gadget optionnel pour “philosophes en chambre”.
11. Synthèse : 4 images indissociables
Pour conclure, Karl Barth nous rappelle qu’aucun concept unique ne peut résumer la manière dont Dieu gouverne et interagit avec notre monde. Pour éviter de tomber dans des dérives théologiques, nous devons maintenir ensemble quatre images complémentaires qui s’équilibrent mutuellement :
| L’image barthienne | Ce qu’elle met en lumière | Le piège si on l’isole |
| Le Serviteur | La coopération pure : la création offre le cadre, le temps et l’espace à l’action divine sans initiative propre. | Croire que la création collabore au salut par ses propres forces ou ses mérites. |
| L’Instrument | La médiation : le monde est le moyen concret de l’action de Dieu, tout en étant aimé et façonné par Lui. | Réduire le cosmos à un objet inanimé, passif et jetable. |
| Le Théâtre | La finalité (telos) : le cosmos est le cadre matériel et la scène indispensable au jeu de l’Alliance. | Penser que le cadre se suffit à lui-même en oubliant l’histoire qui s’y joue (matérialisme). |
| Le Miroir | Le caractère : la nature témoigne de la gloire divine en la reflétant de manière indirecte et inversée. | Confondre le reflet avec la réalité et adorer la nature à la place de Dieu (panthéisme). |
Ces quatre images forment un tout cohérent. La création n’est pas un accident cosmique, et elle n’a pas son but en elle-même non plus. Elle existe pour que l’histoire d’amour entre Dieu et l’humanité ait un lieu. Comprendre cela, c’est poser un regard totalement renouvelé, confiant et émerveillé sur le monde qui nous entoure.
Annexe : L’Énigme du Miroir – Quand Barth fait parler le Psaume 19 et Romains 1
Pour les courageux désirant prolonger cette réflexion et curieux de voir comment Karl Barth applique concrètement sa théologie au texte biblique, voici une relecture de son « excursus » (étude approfondie) rédigé en marge de sa présentation de la Providence2. Il y aborde de front une question souvent débattue sur ce blog : si le monde est effectivement ce miroir magnifique, pourquoi l’humanité semble-t-elle si aveugle à son reflet ?
Dans sa Dogmatique, Barth se livre à une analyse édifiante de deux textes clés souvent cités pour justifier un support biblique à la « théologie naturelle » (l’idée que l’on peut prouver ou connaître Dieu par la seule observation de la nature) : le Psaume 19 et Romains 1.
1. Le Psaume 19 : Une parole universelle… mais totalement silencieuse
Le Psaume 19 s’ouvre par des versets célèbres :
Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue publie l’œuvre de ses mains…
Ps 19.2 (NEG)
Pour Barth, ce texte établit une vérité objective indiscutable : la création parle. Le verbe hébreu utilisé (sāphar) signifie littéralement raconter, exposer avec précision. Le cosmos n’est pas muet ; il fait une déclaration active et continue de la souveraineté divine.
Le paradoxe du silence
Pourtant, le psalmiste glisse immédiatement un paradoxe intriguant au verset 4 :
Il n’y a point de langage, il n’y a point de paroles dont le son ne soit entendu.
Comment ce qui « raconte » peut-il le faire « sans paroles » ?
C’est ici que réside toute la finesse de l’analyse barthienne. Le témoignage de la nature possède une double caractéristique :
- Il est universel : il parcourt toute la terre et s’adresse à tous les êtres humains..
- Il est silencieux : il n’utilise pas de mots humains ou de concepts formulables.
La création est donc un miroir dont le reflet est bien réel, mais ce reflet ne s’interprète pas lui-même. Il faut quelque chose d’autre que les yeux ordinaires pour lire ce que les cieux déclarent. La nature projette une image, mais elle ne fournit pas le dictionnaire pour la déchiffrer. Pour Barth, le Psaume 19 confirme que la gloire de Dieu est objectivement peinte sur la toile de l’univers, mais que sa juste lecture nécessite une autre clé de compréhension. Autrement dit, La gloire de Dieu est effectivement reflétée dans la création. Mais la question de sa reconnaissance est une tout autre affaire.
2. Romains 1.19-20 : Dieu à l’initiative de la visibilité
Barth se tourne ensuite vers le Nouveau Testament, là où l’apôtre Paul aborde de front la question de la responsabilité humaine face à la création. Pour bien comprendre l’argument de Paul, Barth se livre à une analyse de trois expressions grecques fondamentales.
Phaneron : Une clarté qui vient d’en haut
Paul écrit :
Ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste (phaneron) pour eux
(Rm 1.19a).
Le terme phaneron qualifie ce qui est évident, visible, placé en pleine lumière. Mais Barth insiste : si la présence de Dieu est évidente dans le monde, ce n’est pas parce que la nature possède une lumière magique en elle-même. C’est parce que Dieu en est le sujet actif. En effet, le sujet qui rend cela manifeste est Dieu lui-même, pas la créature qui regarde.
Ephanerōsen : L’acte souverain de Dieu
L’apôtre poursuit immédiatement :
…car Dieu le leur a manifesté (ephanerōsen)
(Rm 1.19b).
Ce verbe est à l’actif. Ce n’est pas l’être humain qui, à force d’intelligence ou de recherche scientifique, parvient à soulever le voile de la création pour y découvrir Dieu. C’est Dieu lui-même qui, de manière souveraine et historique, a rendu visibles ses perfections à travers ses œuvres. Sans cette décision divine de se révéler, la création resterait un livre fermé.
Nooumena kathoratai : Voir avec l’intelligence
Paul conclut :
Ses perfections invisibles […] se laissent voir à l’intelligence (nooumena kathoratai) par ses œuvres
(Rm 1.20).
Barth décortique une tension qui apparait entre les deux termes :
- Kathoratai signifie « voir clairement », percevoir de manière objective.
- Nooumena (du verbe noeō) signifie « comprendre », « saisir par l’intelligence ».
Ce qui est physiquement vu doit être spirituellement compris. Une vision brute ne suffit pas ; il faut une intelligence éclairée pour relier les beautés du cosmos à leur véritable Source, Il faut une intelligence qui comprend ce qu’elle voit.
3. La question cruciale : Y a-t-il des yeux pour voir ?
Fort de ces deux textes, Barth pose alors la question herméneutique décisive : Mais ce reflet est-il vraiment reconnu ?
Les yeux qu’il est nécessaire d’avoir ici existent-ils en fait ?
Pour illustrer son propos, Barth utilise la logique suivante :
- On ne reconnaît un reflet que si l’on connaît déjà l’Original. Si vous n’avez jamais vu le visage de votre père de votre vie, vous serez incapable de l’identifier en croisant son reflet dans une vitrine.
- Or, l’Original (Dieu) ne se fait connaître que par la foi. C’est dans l’histoire de l’Alliance, culminant en Jésus-Christ et reçue par la foi en sa Parole, que nous rencontrons personnellement le Père.
C’est ici que Barth opère son célèbre renversement face à la théologie naturelle classique :
| La démarche classique (Théologie naturelle) | La démarche de Barth (Théologie de la foi) |
| On part de la Création => On en déduit l’existence de Dieu => On arrive à la Foi. | On accueille la Révélation en Christ => Par la Foi => On reconnaît la Création comme miroir. |
Pour Barth, prétendre lire Dieu dans la nature sans passer par le Christ, c’est comme essayer de lire un poème en hébreu sans connaître un seul mot de cette langue. Les caractères sont bien là, réels et magnifiques sur le papier (le reflet est objectif), mais ils restent indéchiffrables. C’est la foi qui nous apprend l’alphabet divin.
4. Conclusion : Une foi pour habiter joyeusement le monde
En fin de compte, l’excursus de Karl Barth sur le Psaume 19 et Romains 1 nous invite à une double attitude, à la fois humble et joyeuse :
- Reconnaître joyeusement la gloire de Dieu dans la création. Le monde n’est pas une mécanique froide ou insignifiante, il déborde de reflets de son Créateur. Par la foi en Jésus-Christ, nous apprenons enfin à lire cet « alphabet divin » et pouvons nous sentir chez nous, dans la « maison du Père ».
- Reconnaître sobrement nos limites. La nature nous murmure la grandeur de Dieu, mais elle ne peut pas nous sauver ni remplacer une relation personnelle avec Lui. Le reflet ne doit jamais être confondu avec l’Original.
Ainsi libérés de la tentation d’adorer la nature (le panthéisme) comme de celle de la mépriser (le dualisme), nous sommes invités à contempler le cosmos avec émerveillement et gratitude. Il est et reste le magnifique théâtre de la grâce, patiemment préservé par la Providence pour que s’y déploie, chaque jour, notre relation avec le Créateur.
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