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Le ciel c'est où ?


L’incarnation du Logos en Jésus-Christ, et donc son entrée dans l’Univers spatiotemporel nous rappelle irrémédiablement qu’il vient d’ailleurs… Un ailleurs généralement appelé le Ciel par les croyants.

 Jésus leur répondit : Quoique je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, car je sais d’où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens, ni où je vais. […] Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé. 

Jean 8:14, 42

Pour notre part, nous croyons que Jésus vient du Père, mais nous ne pouvons pas imaginer ce qu’est cette dimension céleste où le temps et l’espace n’existent pas. Si nous pouvons croire à l’existence du troisième ciel par la foi, notre imagination demeure bien incapable de le concevoir, du fait qu’elle est limitée par son manque de références à des choses existant de façon concrète, visible, matériel… comme nous le faisons dans nos rêves, par exemple, voire même sous l’effet de certaines drogues ! Car même lorsqu’elle invente quelque chose, notre imagination se réfère toujours à des choses connues, présentes dans notre univers qu’elle s’amuse à adapter, modifier ou triturer selon son bon plaisir.

On pourrait faire remarquer qu’affirmer que l’on ne sait rien du Ciel est complètement faux, dans la mesure où l’apôtre Jean nous en donne de nombreuses descriptions dans les visons qu’il nous rapporte dans son Apocalypse. Cependant, ici encore, tout ce qu’il nous rapporte est imprégné de références terrestres, certes magnifiées, mais terrestres tout de même : tout comme le nouveau ciel et la nouvelle terre.

Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus. Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, prête comme une épouse qui s’est parée pour son époux.

(Apocalypse 21.1-2, cf. 3-27

Mais en vérité, qui voudrait passer son éternité dans une ville qui s’apparente à la vitrine d’un joaillier, sans un arbre, sans une fleur, sans un oiseau, sans un papillon ou quoi que ce soit de vivant ? Heureusement, toute cette description est manifestement symbolique et n’encourage pas une lecture littérale.[1] Dans la Bible comme ailleurs, lire un livre en ignorant sciemment le style dans lequel l’auteur a voulu le rédiger ne peut qu’engendrer de malheureux contresens. Les lecteurs de l’Apocalypse de Jean risquent alors de reproduire l’erreur des gens qui ont lu Le Da Vinci Code, de Dan Brown, comme un livre historique.[2]

Mais revenons dans le présent. Que nous le voulions ou non, notre univers est prisonnier de l’espace-temps, tandis que Dieu existe en dehors, ou plutôt autrement, dans une dimension où le temps et l’espace n’ont plus la même signification ni la même réalité : une dimension que, faute de mieux, nous appelons le Ciel. Dès lors, même si elle est habituelle chez les croyants, l’expression aller au ciel n’a plus qu’une signification convenue, sans doute bien loin de la réalité qui nous attend vraiment. Non que nous n’ayons pas à cultiver l’espoir de rejoindre un jour notre Père dans la gloire céleste, mais encore une fois, plutôt que d’un ailleurs, il serait certainement plus correct de parler d’un autrement.

Dès lors, force nous est de constater les carences de notre vocabulaire : déficiences qui nous contraignent, aussi bien que nos ancêtres dans la foi, à user de divers subterfuges pour exprimer l’inexprimable. Au quotidien, c’est surtout vrai pour Dieu. Car pour en parler, il nous faut bien trouver des concepts que s’apparentent au mieux de ce que nous nous efforçons d’exprimer. Ainsi, comme il n’existe pas de mot pour parler de quelqu’un qui existe en dehors du temps, on dit que Dieu est éternel ; et comme nous n’avons pas plus de mots pour parler de quelqu’un qui existe en dehors de l’espace, on dit que Dieu est infini.

Mais ce vocabulaire est piégé puisqu’il fait de Dieu une partie de la création dont il est plutôt le Créateur. En effet, dire que Dieu est éternel, c’est le faire entrer dans le temps, en disant qu’il existe depuis toujours et qu’il existera toujours… Or, « toujours » est un concept temporel incompatible avec celui d’« en dehors du temps ». De même, dire que Dieu est infini, c’est faire entre Dieu dans l’espace en disant qu’il est partout, qu’il remplit tout, qu’il n’a pas de limites… Or, « partout » est une notion spatiale incompatible avec celle d’« en dehors de l’espace ».

D’une certaine façon, chercher à définir qui est Dieu, c’est assimiler le Créateur à sa création… Bref ! C’est chercher à faire un Dieu à notre image… alors que l’Écriture affirme le contraire :

Dieu créa les humains à son image : il les créa à l’image de Dieu ; homme et femme il les créa. 

(Genèse 1.27

Et, comme l’ont expérimenté tous les vrais croyants, c’est cette dimension divine, que Dieu a donnée aux humains, qui permet aux créatures que nous sommes d’entrer en communion avec notre Créateur.

Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Et vous n’avez pas reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. 

Romains 8.14-16

Quand on vit une relation d’amour avec quelqu’un, chercher la preuve de son existence devient sans objet. Et, bien que ce ne soit pas sans intérêt, comprendre comment et pourquoi cette relation est possible demeure relativement secondaire. A contrario, un fin psychologue peut connaître tous les arcanes de l’âme humaine, et mener une vie de couple lamentable.


Notes

[1] Le style apocalyptique fut un genre littéraire très apprécié des croyants juifs et chrétiens au cours de la période qui a précédé et suivi le ministère de Jésus. De nature prophétique et symbolique, cette littérature multiplie les références aux prophéties de l’Ancien Testament. Dans la Bible, on en trouvait déjà quelques traces dans les livres d’Ézéchiel, de Joël et de Zacharie, avant de se développer dans celui de Daniel et, surtout, dans l’Apocalypse de Jean, plus exactement appelée « Révélation de Jésus-Christ » en grec. Mais l’on retrouve aussi des passages exprimés dans un style apocalyptique lors de certains discours de Jésus et dans quelques écrits apostoliques. Ainsi en est-il pour : Matthieu 24-25, Marc13, Luc 21.5-36 ; ou encore pour 2 Thessaloniciens 1.6-12 et 2.3-12, 2 Pierre 3.10. Toutefois, ce genre littéraire s’est surtout développé dans la littérature pseudépigraphique et apocryphe : Apocalypse grecque de Baruch, Apocalypse syriaque de Baruch, Apocalypse d’Abraham, Apocalypse de Moïse, Apocalypse d’Élie, Apocalypse de Noé Apocalypse d’Esdras, Apocalypse de Pierre, Première Apocalypse de Jacques, Seconde Apocalypse de Jacques, Apocalypse de Paul, Apocalypse d’Étienne… Évidemment, dans le cadre de compositions littéraires, il semble puéril de croire à l’authenticité des visions rapportées à titre symbolique.

[2] Publié en 2003, ce best-seller, le s’est vendu à 86 millions d’exemplaires dans le monde. Ce roman faisant évoluer ses personnages d’un monument mondialement connu à un autre, beaucoup de lecteurs l’ont pris au premier degré en croyant le récit authentique. Plusieurs livres ont été publiés pour expliquer le caractère subtilement romancé de l’intrigue au grand public.


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